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13.10.08

Brève de métro # 12

Souvent les couloirs des stations de métro résonnent de rythmes entêtants. Ce genre d'air qui vous attrape la mémoire de front avec ses boites à rythme artificielles, en vous anesthésiant les neurones. Ces litanies qu'on fredonne sans s'en rendre compte et qui ne vous lâchent plus du reste de la journée.
Depuis quelques temps, un mois peut-être, lorsque je fais mon changement à République, il n'est pas rare qu'un joueur de flûte des Andes égaye le brouhaha des couloirs. Pendant quelques minutes, j'oublierais presque que je suis en route pour le travail. Pendant quelques instants, je serais presque sur les chemins andins avec les deux globe-trotters qui ont osé partir à l'aventure et qui pendant que je slalome entre deux voyageurs, découvrent les paysages du Pérou entre deux lamas et trois condors.
Il joue toujours le même air ce joueur de flûte. Celui de la chanson pour l'Ocarina. Vous vous souvenez sans doute de ce tube du Top 50 du début des années 90; succès aussi éphémère que la célébrité pour ses créateurs. Et même si le refrain plus qu'énervant me poursuit toute la journée, je suis bien content qu'il me fasse oublier les têtes d'outre tombe, tristes et pressées de ces centaines de voyageurs qui traversent, abattus la station de métro.

11.9.08

Brève de métro # 11

Est-ce devenu honteux de lire Harry Potter?
C'est une question que je me pose alors que je viens de commencer le septième et dernier opus des aventures du jeune sorcier binoclard.
L'autre jour dans le métro, un jeune homme lisait un livre. Il avait camouflé la couverture sous une couche de papier craft. Comme souvent, j'aime bien regardé ce que lisent mes congénères de voyage métropolitain. Par curiosité. Pour me donner des idées pour mes prochaines lectures (bien que j'oublie souvent le titre et l'auteur que j'ai remarqué). Par dessus son épaule, j'ai pu voir qu'il lisait le dernier Harry Potter. Je me suis demandé pourquoi diable il cachait la couverture. Peut-être tout simplement dans un soucis de protéger le livre. C'est possible après tout. Et si ce jeune homme cachait honteusement l'objet de sa lecture?
Depuis cet épisode, je me suis mis aussi à la lecture des Reliques de la mort. Je me suis laissé une nouvelle fois happer par l'histoire. Au point d'oublier un changement... Mais ça, c'est une autre histoire. Hier soir, en rentrant du travail, j'étais confortablement installé sur une banquette de la ligne 8, plongé dans ma lecture. Tout autour de moi n'était que brouhaha que j'entendais à peine. Pourtant, derrière moi, j'ai cru entendre le nom de Potter. J'ai tendu l'oreille, surpris par cette coïncidence. Ce que j'ai entendu ne m'a pas particulièrement fait plaisir. Puisque d'après les deux personnes qui parlaient, qu'un gosse lise Harry Potter pouvait passer pour de l'initiation gentille mais utile, mais pour un adulte quadragénaire c'était régressif et malsain.
Régressif et malsain?! Non mais n'importe quoi ! J'étais persuadé que ces deux là parlaient de moi. Je devais bien être le seul à lire ce roman là dans la rame, hier soir. J'étais outré (intérieurement) par leur jugement à l'emporte pièce. D'abord, je ne suis pas quadragénaire. Pas encore, du moins. Ensuite, en quoi est-ce régressif de lire un roman pour adolescent, surtout quand c'est bien écrit. En quoi est-ce malsain? J'ai lu avec plaisir la trilogie des royaumes du Nord de Philip Pullman qui s'adresse autant à un public d'enfants que d'adultes. Je continue à lire avec assiduité la fantasy héroïque de Robin Hobbes, sans me sentir pour autant adulte attardé. Je suis adulte et responsable, qui garde une certaine curiosité enfantine et qui aime lire des choses légères ou moins. Un point c'est tout...
Alors pourquoi, j'ai rangé le livre subrepticement dans mon sac et de ne pas le rouvrir du reste du trajet?

9.4.08

Brève de métro # 10

Il y a plein de monde dans le métro. Et pis, ils puent, les gens, et ils sont pas beaux. Et en plus, ils râlent tout le temps. Sauf un. Un garçon qui est joli comme tout et qui ne dit rien. Mais il est trop loin de moi à cause de tous les autres. Alors je ne peux pas le sentir. On ne s'entendra jamais. C'est pas de chance.

25.3.08

Cache cache

J'attendais tranquillement le métro sur le quai de République. La journée au travail avait été éprouvante. J'étais fatigué et je n'arrêtais pas de bailler. Pas moyen de me retenir.
J'ai vu une femme courir du fond du quai. Elle riait. Je me suis dit que c'était encore une de ces personnes pressées de prendre le métro. Même un jour férié, comme ce jour là, il y a des gens qui sont toujours pressés de prendre le métro. C'est fou ça tout de même. Et puis non. Au final, elle ne courait pas pour attraper un métro qui n'était d'ailleurs pas encore arriver. Elle s'est engouffrée dans un passage de sortie comme si elle se cachait. Et elle riait toujours, en jetant de temps en temps des coups d'oeil vers le fond de la station. Sans doute une douce dingue rigolote. Aussi vite, qu'elle avait attiré mon regard, je l'ai oublié, de nouveau absorbé par la fréquence de mes bâillements.
Venant aussi du fond de la station, une vieille dame semblait perdue et désorientée. Elle interrogeait des voyageurs, sans doute pour demander sa route, me suis-je dit. Pourtant, les dits voyageurs répondaient par la négative, d'un mouvement de tête qui n'avait pas d'équivoque. Que pouvait-elle bien demander ainsi? Elle est arrivée près de moi, toujours l'air perdue, voir même paniquée. En fait, elle cherchait sa fille. Elle l'avait perdu dans les couloirs de la station et elle ne savait pas où elle était. Que pouvais-je répondre à cette pauvre dame? Je lui ai demandé où elle était sensé aller avec sa fille pour pouvoir mieux l'orienter. Elle allait à Belleville. Elle était donc sur la bonne ligne. Je ne pouvais pas mieux l'aider. Elle est repartie en continuant à interroger les gens. J'étais un peu peiné pour cette petite dame.
Entre temps, la première femme qui riait est arrivée sans que je la vois. Elle s'est mise derrière la vieille femme et lui a tapé sur l'épaule. Elle a sursauté et envoyant la femme, elle s'est mise à pleurer. La femme riait en lui disant je t'ai bien eu hein ! Et la vieille dame pleurait en lui demandant pourquoi elle avait fait cela.
Ce jeu de cache-cache pervers n'avait en effet rien de drôle. La plus jeune des deux avait beau chercher le regard complice d'un voyageur pour la cautionner, beaucoup ont tourné les yeux. Je l'ai moi même fusillé du regard. J'étais écoeuré par sa conduite. Ce jeu passe bien lorsque les enfants le pratiquent parce qu'il est innocent. Ici, cela devenait volontairement méchant.
Décidément, on verra tout dans le métro parisien.

4.3.08

C'est qui lui ?

Quand il est entré dans la rame de métro, à deux stations de la maison, je me suis dit : " tiens je le connais ce gars là". Mais j'avais beau me creuser la tête, je ne voyais pas où, quand, comment.
Quand il est entré dans la rame de métro, à deux stations de la maison, le Sage E. s'est dit : " tiens je le connais ce gars là ". Mais il avait beau se creuser la tête, il ne voyait pas où, quand, comment.
Je me suis dit que ça devait être un garçon que je croisais régulièrement dans le métro, mais en même temps, je me suis dit que si c'était le cas, j'aurais dû m'en souvenir.
Le Sage E. s'est dit que ça devait être un danseur sans savoir de quelle compagnie, mais en même temps, il s'est dit qu'il n'avait pas forcément le physique d'un danseur.
On s'est regardé et interrogé des yeux. On s'est dit que ça devait être un acteur ou un animateur télévision ou un chanteur, sans pour autant être pleinement satisfait de nos propositions. Où avions-nous pu le voir, puisque là pas de doute, c'est ensemble que nous l'avions vu.
Et c'est le Sage E. qui a trouvé. Nous avions devant nous Jean Rochat, l'inoubliable Monsieur Trompette de la bande des Messieurs de Jérémie Kisling. Le Jean Rochat qui me fait frissonner de plaisir à chaque fois que j'entends son magnifique solo de Horizon grillé. Le Jean Rochat qui a fait pleurer d'émotion le Sage E. avec le même solo de la même chanson mais en live et en concert. C'était ce Jean Rochat là qui était assis devant nous et que nous regardions comme deux ronds de flan depuis vingt bonnes minutes. Nous ne l'avons, bien sûr, pas dérangé pour savoir par exemple ce qu'il devenait depuis qu'il n'était plus de la bande à mon Suisse préféré (même si cette question me brûlait la langue). Nous ne l'avons pas, bien sûr. Mais qu'est ce que ça nous a rendu souriant de l'avoir croisé ainsi en impromptu.

Pour information, la photographie de ce post est de Nicolas Ilinski, talentueux photographe qui travaille beaucoup sur des concerts (Kisling, Albin de la simone, Thomas Fersen...). Son site : http://www.mind2eye.com/.

18.2.08

Brève de métro # 9

Il y a dans les rames de métro une faune qu'il faut prendre le temps d'observer. Microcosme à l'image de notre société. Parfois drôle, parfois touchante, parfois attrayante, elle peut aussi parfois être carrément flippante.
Hier, je me rendais au travail, la mort dans l'âme à l'idée d'être enfermé dans un bureau alors que l'atmosphère appelait à la flânerie. A République, je m'apprête à prendre la ligne 8 quand une jeune femme sort de la rame en courrant, me bousculant au passage. Je me suis dit qu'elle devait être bien pressée cette personne, tout en m'engouffrant dans la rame. La voiture est presque vide et silencieuse. Je m'installe sur un strapontin. A côté de moi, une femme, le visage un peu crispé. En face d'elle, un petit vieux ratatiné sur son siège. Il me semble un peu à l'ouest, sans doute sous l'effet d'une bonne cuite mais sans plus. Les écouteurs dans mes oreilles, je me laisse porter par la musique, la tête ailleurs.
Une station, deux stations sans que rien de particulier ne se passe. Le train-train habituel. A la troisième station, un couple de jeunes touristes anglais entre dans la rame. Il est plutôt charmant et agréable à regarder; elle est mignonne et timide. Ils se sourient sans arrêt. C'est beau l'amour.
Soudain, le vieux monsieur a un sursaut. Il se redresse et dodeline. C’est certain, il est définitivement complètement saoul. Il farfouille dans son sac plastique en maugréant sourdement, le geste et l'attitude peu assurés. Il me semble de plus en plus agité. C'est le genre de personne à partir en vrille sans prévenir et qu'il vaut mieux garder à l'oeil avant qu'il ne vous tombe dessus à l'improviste. Il jette son sac par terre et se met à parler de plus en plus fort. Des mots incompréhensibles pour la plupart. Il est maintenant très agité et se penche d'avant en arrière. Il me fout un peu les jetons mais j'essaie de garder mon sang froid et surtout j'essaie de ne plus le regarder du tout pour ne pas attirer le mauvais œil sur moi. La rame est plongée dans un silence lourd comme une chappe.
Et puis, ce qui devait arriver arriva. Il a purement et simplement pété les plombs. Il s'est mis à hurler comme un aliéné. Encore une fois des choses sans cohérences mais on distinguait aisément quelques noms d'oiseaux que la décence me défend de répéter. Il est parti en total roue libre. Il hurlait et il hurlait avec de grands gestes incontrôlés avec ses bras. Je vois que tout le monde est sidéré. Le petit couple en face de moi a peur. La femme à côté de moi essaie de garder une certaine contenance mais elle n'en mène pas large non plus. Moi, je commence aussi à me laisser gagner par la panique. Le temps me semble suspendu. Le couple de touristes quitte la rame dès que le train s'est arrêté en station. Moi, je perds trop de temps à tergiverser avec moi-même, pour savoir ce que je dois faire. La rame est déjà repartie; il me faudra attendre la prochaine station.
Pendant ce temps, le vieux bonhomme ne s'est pas calmé et semble nourrir sa rage tout seul. Les insultes fusent. Il se lève et se rassoit. J'ai maintenant vraiment les pétoches. Jamais le trajet entre deux stations m'a paru si long. Le vieux a trouvé sa cible. Il s'agit de ma voisine. Elle est immobile et tendue, le regard fixé sur un point imaginaire. Il déverse sur elle un flot ininterrompu d'invectives et d'insultes, d'obscénités verbales et gestuelles.
La rame est arrivée enfin en station. Le vieux s'est mis debout et a commencé à descendre sa braguette de pantalon. S'en était trop pour moi et pour la plupart des voyageurs présents dans cette rame. La femme s'est levée, toujours très droite mais digne et nous sommes sortis sous les cris presque animaux du vieux fou. J'ai vu les passagers en attente de monter dans la rame se raviser et trouver une place dans une autre voiture. Je me suis engouffré dans une voiture voisine et j'ai pu commencer à respirer, tout en ayant les jambes en coton. Je me suis refusé à regarder ce que le fou pouvait bien faire, seul dans sa voiture. Mais à l’expression hébétée de mes nouveaux co-passagers qui regardaient dans cette direction, la situation ne devait pas s’être calmée.
Je suis enfin arrivé à Invalides. Le calvaire cauchemardesque prenait fin. Je crois bien que je n'ai jamais eu aussi peur dans le métro parisien, en pleine journée. Saoulerie ou folie, je ne sais pas trop, peut-être bien les deux d’ailleurs, quoi qu’il en soit, ce type là n’avait plus rien d’humain. Flippant, je vous dis…

25.1.08

Brève de métro # 8

Les stations de métro parisiennes ont encore beaucoup à faire pour faciliter la vie de ses usagers. Pas forcément pour l'usager lambda comme moi. Plutôt pour l'usager particulier. Celui qui se déplace avec des béquilles ou bien les personnes à mobilité réduite ou bien encore la maman qui doit voyager avec son enfant en bas âge, dans une poussette ou un landau. Combien de fois voit-on ces personnes galérer dans les escaliers d'une station.
J'essaie souvent d'aider les mamans empêtrées avec leur poussette. Ce n'est pas grand chose, mais si je le peux, j'aide à porter l'engin à roulettes. L'autre jour, à la station Châtillon, terminus de la Ligne 13, une femme et son bébé profondément endormi dans son landau essayait tant bien que mal de descendre l'escalier menant vers la sortie.
Il faut dire qu'elle est mal foutue cette station. Le quai est à l'extérieur et la sortie se fait par des escaliers étroits et raides, à deux volets d'une vingtaine de marches. Comme les quais sont actuellement en travaux, il faut se coltiner la descente engorgée par des voyageurs descendant et montant. Pas facile pendant les heures de pointe.
Je propose donc mon aide à cette femme qui l'accepte bien volontiers et avec un grand sourire chaleureux. Je saisis le landau par l'avant, et ma prise est une sorte de longue bande de plastique rigide qui se trouve entre les deux roues avant. Le landau est lourd, ma position pas forcément très pratique, et la foule des autres voyageurs qui passe en bousculant ne nous facilite pas la vie. On y va très lentement, histoire de ne pas faire de faux pas et de déranger un minimum la progression des autres usagers toujours très pressés de retrouver leurs bureaux chauffés. Nous en étions au premier tiers de l'escalier. La maman m'a déjà demandé deux ou trois fois si ça allait pour moi. Je réponds oui oui, par principe, mais l'effort que cela me demande me donne très chaud.
Soudain, je sens la languette de plastique qui me sert de prise qui lâche prise. Sans plus aucun soutien, le landau vient s'écraser contre mon épaule et dans son élan (et par l'effet de surprise) me fait reculer d'une ou deux marches. La mère, elle aussi surprise, pousse un cri strident et commence à retenir de toutes ces forces le landau. Ce qui a pour effet de le déséquilibrer et de le faire pencher vers la gauche. J'essaie de le maintenir comme je le peux mais ma situation peu confortable m'empêche de trouver une prise plus conséquente. Une sueur froide me pique les yeux. Je sens mon épaule douloureuse et mon biceps tordu commence à donner des signes de fatigue. Un voyageur vient à notre rescousse et redresse le landau. Nous sommes à trois maintenant pour descendre cet engin, bloquant définitivement le passage pour les autres passagers que j'entends râler.
Tout cela n'a duré que quelques secondes; une minute tout au plus, le temps d'arriver en bas. Mais cela m'a paru une éternité. Lorsque le landau a été posé sur ces quatre roues, je me suis excusé, presque en faisant des courbettes, tellement j'étais désolé. La maman s'excusait aussi de m'avoir infligé cela. Et pendant ce temps, le bébé dormait comme seul un bébé sait le faire, comme un bienheureux. Ses petits poings serrés à hauteur de sa frimousse pouponne. Il ne s'était rendu compte de rien. De le voir ainsi nous a fait rire. Nous nous sommes dit au revoir et bonne journée et je suis parti vers le bureau en tremblant, imaginant ce qui aurait pu arriver de pire. Je voyais le bébé rouler dans les escaliers; la mère hystérique qui hurlait en me frappant pour mon incompétence et ma négligence, me demandant aussi de rembourser le landau que j'avais cassé; les voyageurs qui me jetaient l'opprobre en m'insultant; et moi qui devenait de plus en plus petit...
Heureusement, plus de peur que de mal mais il serait temps que les gens compétents de la RATP se rendent compte que les escalators, ça existe depuis bientôt plus d'un siècle et que ces escaliers mécaniques ne sont vraiment pas un luxe pour bon nombre de leurs stations.

9.1.08

Journée de merde

Il y a des jours où tout ce qui se passe autour de moi me met les nerfs en boule. Prenons, par exemple, le trajet de métro de ce matin qui m'emmenait au travail.
Elle commençait mal, de toute façon, cette journée. Je me rends compte que j'oublie mon passe Navigo à la maison, alors que je suis quasiment à l'entrée du métro, m'obligeant à remonter à l'appartement, à prendre du retard (je n'avais pas besoin de ça) et à subir le "bonjour, bonne journée" par deux fois du gardien toqué. Déjà, je bougonne tout seul, en voulant à la Terre entière.
Arrivée sur le quai de la station, je m'éloigne au maximum de la foule qui se masse toujours en tête de train. J'évite avec le plus grand soin la poussette double qui prendra toute la place dans la rame. Mais, je n'ai pas de chance. Dans la voiture où je monte, il y a déjà une poussette avec une mère qui finit de donner le biberon à son bébé pas bien vieux. Quelle idée aussi de donner un biberon à un nourrisson dans un métro qui tangue ! Le bébé le digère mal en tout cas et le fait savoir de façon très personnelle... Un joli renvoi en gerbes blanches et laiteuses, arrosant généreusement les jambes d'une passagère que j'ai vu blêmir de dégoût. Je me suis même demandé, à un moment, si elle n'allait pas imiter le bébé. J'ai moi même quelques éclaboussures sur le bout de mes chaussures toutes neuves. Ça fait comme des étoiles sur le cuir foncé qui me fait penser à la Voie Lactée. Dingue ! Je trouve tout de même le moyen de faire de l'ironie même dans les pires moments. J'essuie comme je peux, mais je ne fais qu'étaler les dégâts. Le reste du paquet de mouchoirs servira à la pauvre passagère. La mère du pauvre bébé, qui s'est (forcément) mis à hurler à plein poumon, au lieu de tenter d'aider à nettoyer, a hurlé, rouge comme pivoine, sur le pauvre bambin, en le secouant comme un prunier; ce qui a (bien sûr) provoqué l'augmentation, dans les aigus, des pleurs du bébé. Je suis descendu à République avec la très désagréable sensation que l'odeur aigre me poursuivrait partout et toute la journée.
Ça commençait vraiment très mal cette journée. Et je n'étais pas au bout de mes malheurs. Confortablement installé dans la rame de la ligne 8, pour la seconde partie de mon voyage, je commençais à me remettre de mes émotions. Mais, à Strasbourg Saint-Denis, une chanteuse ambulante est entrée pour son show live, avec sa boite à rythme mal réglée et son micro à échos. Qu'elle chantait mal cette pauvre roumaine ! Dans le genre Star Ac' mais sans les arrangements studio pour masquer les défauts. Un monsieur, excédé par le bruit, lui a demandé de faire silence, de façon un peu abrupte, certes. Elle s'est, en effet, arrêtée de chanter... Pour mieux hurler sur le passager. Dans un charabia assez difficile à suivre, elle a argué qu'on vivait dans une démocratie et qu'elle avait tous les droits et que ce n'est pas "un sarkoziste de mes deux qui allait l'emmerder". Le monsieur, hors de lui, a voulu la pousser dehors... Ça en devenait pitoyables et pathétique. Elle, accrochée d'une main, à la barre centrale et tenant, dans l'autre, son matériel; lui, tirant comme un dément sur le bras de la femme. Il a voulu tirer sur l'alarme pour alerter la sécurité mais comme il arrivait à sa station, il s'est finalement ravisé, en sortant la tête haute. Il a eu le droit à un tonitruant "connard" de la part de la chanteuse. Elle a eu le droit à un grondant "vieille pute" de la part du passager. J'étais à deux doigts de me demander s'il ne s'agissait pas d'un canulars pour la télévision belge. Mais non, Pas de caméra ! La rame est repartie et elle a recommencé son tour de chant somme si de rien n'était. L'avantage, il n'y avait plus personne dans la voiture, les passagers ayant fuit la situation; l'inconvénient, j'ai eu le droit au massacre de "la Vie en Rose" jusqu'à Invalide.
En descendant, j'étais dans un état d'énervement très avancé. Et il me restait encore un changement à faire avant d'arriver au travail. Comme c'était parti là, je me suis dit que ça allait continuer jusqu'au bout. Bingo ! Après les régurgitations, après le pugilat, j'ai eu le droit aux fameux problèmes techniques de la ligne 13. La rame prenait son temps. Le chauffeur devait se croire en vacances ou bien je ne sais pas. Elle se traînait, s'arrêtait plus de trois minutes à chaque station (je le sais parce que j'avais le temps d'écouter une chanson de mon I-pote), puis repartait sans nerf. Bien sûr, pas un seul message annoncé dans la rame. Ce n'est qu'une fois arrivés à Chatillon, que nous avons appris que "suite à un problème de signalisation, le trafic est perturbé sur la ligne 13 en direction de Chatillon Montrouge".
Et voilà, je suis en retard de dix minutes. je n'aime pas ça être en retard. Je fais une tête pas possible en arrivant au bureau; une tête des mauvais jours, ce qui me vaut les moqueries d'usage. Ça ne me fait pas rire. Étonnant ! Je m'installe. L'activité semble fluide, je vais pouvoir me remettre de mes émotions. Mon téléphone sonne. Un collègue m'appelle pour m'informer des derniers bruits de couloir qui traînent. Je vais me retrouver le bec dans l'eau. Non ! Ne surtout pas prêter oreilles aux bruits de couloir ! Respire ! Oublie ! Pense à autre chose. Mais difficile de le faire surtout quand je vois les deux noms qu'on m'a annoncé, partir avec le cadre et revenir avec le sourire. Ça sent pas bon pour moi. Je suis vert. Je me sens bileux. Je me sens haineux. Je me sens découragé. Je me sens caliméro. Et toujours cette petite voix dans la tête qui me dit de ne pas m'en faire, qu'il n'y a rien d'officiel, que tant qu'il n'y a pas de nouvelles, il y a de l'espoir. Foutaises ! Phrases de quelqu'un qui essaie de se raccrocher désespérément à la moindre ficelle improbable. Je suis tellement crispé, en fin de journée, que je réussis à me faire un blocage sous l'omoplate droite. C'est malin ça ! Maintenant, j'ai mal.
Putain de journée de merde...
Vivement que je sois à la maison. Que je me change mes foutues idées. Le Sage E. est dépité pour moi. Chouette, on est deux, comme ça. Super soirée.
Bah oui, finalement, super soirée. La vision des premiers épisodes de la saison 4 de 24 Heures Chrono (oui, je sais ! On a du retard !) réussit à me faire oublier ma sale journée. Merci Jack Bauer...

11.12.07

Brève de métro # 6

La sollicitation dans le métro. Le métro ne serait pas le métro sans la manche. Imaginons notre vie de voyageur sans Michel, 54 ans, 3 enfants, malade et S.D.F. nous quémandant, avec une paire de Nike flambant neuve aux pieds, une petite pièce, une cigarette ou un ticket restaurant.
A force des les voir, à force de les entendre, on oublie de les regarder et de les écouter. Leur voix geignarde et suppliante, répétant mot pour mot, chaque jour leur éternelle rengaine, se masque d'un coup de pouce sur la touche volume de mon ipod. Ces mendiants professionnels sont devenus élément comme un autre de notre paysage urbain quotidien.
Pourtant, mercredi passé, alors que je rentrais dans ma maison après une journée bien fatiguante, une voix nouvelle a réussi à me tirer de ma léthargie post travail. Alors que Vénus me susurrait dans les oreilles beautiful days (ce qu'il ne faut pas faire pour se cacher la réalité), une petite femme est entrée dans la rame. Elle devait avoir une cinquantaine d'année, habillée de bric et de broc : une veste rose fushia, un pantalon de survêtement gris souris, des bottes en caoutchouc noires, des gants en laine multicolore et un bonnet avec une fleur en laine sur le côté vissé sur ces cheveux blonds. En entrant, elle a lancé un tonitruant "Joyeux Noël à tous" avec une voix stridente, une voix de petite fille de 10 ou 12 ans, une voix qui ne collait pas à la petite femme rabougrie qui venait de le dire. Le contraste a fait sourire bon nombre de passagers, moi le premier.
Elle a commencé à faire la manche en se collant sous le nez de chaque passager en demandant, toujours avec sa voix de gamine : vous zauriez pas une ptite pièce pour Noël? Une ptite pièce pour moi, pour mon Noël? Arrivée à un vieux monsieur, alors qu'elle venait de lancer sa phrase, le vieil homme lui a répondu en se moquant assez ouvertement d'elle, comme s'il parlait à une petite fille : Mais ma petite dame, vous croyez encore au Père Noël? Il n'existe pas vous savez !
J'ai bien vu dans le regard de la dame que la réflexion du monsieur l'interloquait. On pouvait suivre le cheminement de l'idée dans sa tête avec ses yeux qui bougeaient dans tous les sens. Elle a ouvert la bouche comme pour répondre au monsieur puis a soupiré comme par dépit et elle a changé de personne, comme si de rien n'était en lui demandant : vous zauriez pas une ptite pièce pour Noël? Une ptite pièce pour moi, pour mon Noël?

17.10.07

Brève de métro # 5

Il était avachi sur son siège bacqué vert du quai de la station Pigalle. Il était visiblement complètement ivre. Il avait une sorte de croûte blanche (du yaourt?) qui lui couvrait la bouche et qui lui donnait un air maladif effrayant. Le regard dans le vide, il semblait mener une conversation intérieure animée avec un interlocuteur invisible.
Dans ces cas là, moi je préfère ne pas regarder; faire une totale abstraction de la présence de ces personnes un peu barrées en regardant droit devant moi l'affiche EDF Bleu Ciel qui prend, d'un coup d'un seul, une importance et un intérêt capital. La politique de l'autruche en quelque sorte.
La rame est vite arrivée et, aussitôt parti, je l'aurai oublié ce bonhomme là. Sauf que là bah non ! Je ne l'ai pas oublié ce bonhomme là. Et pour cause, il m'a traumatisé. En effet, en poussant un rire de dément, je l'ai vu craqué une allumette et mettre la flamme juste sous sa barbe qui n'a pas tardé à s'enflammer en crépitant (mon dieu ce petit bruit glaçant). Il a bien sûr éteint le tout très vite avec ses doigts en riant de plus belle d'un gros rire gras. Cependant, cette vision de folie cauchemardesque m'a hanté tout le reste de la journée.

14.10.07

Brève de métro # 4

Dans les couloirs de la station Montparnasse, un couple s'arrête devant l'affiche de l'exposition Courbet qui vient d'ouvrir ses portes aux Galeries Nationales du Grand Palais.
Elle :
- Courbet... Exposition... Grand Palais...
Lui :
- Courbet ! Courbet !? Je savais pas qu'il peignait lui là !
Elle :
- Ben tu sais, la télé, ça même à tout...

13.10.07

Brève de métro # 3

On nous rabat les oreilles, dans tous les médias, sur l'abattage des chiens agressifs et dangereux pour la sécurité publique. Par contre, on passe sous silence un fait de société tout aussi inquiétant : l'agressivité de la petite vieille dans les lieux publics.
On ne s'en rend pas forcément compte tout de suite, sous leurs airs de personnes faibles et fragiles, elles peuvent être vraiment hargneuses. Qui pourrait croire qu'une petite vieille, aux cheveux gris, toute voûtée et avec les chaussettes qui tombaient en masse de nylon informe sur ses chaussures noires, pouvaient être une telle harpie?
Elle est entrée dans la rame bondée de la ligne 2. A la station précédente, un petit groupe de dames endimanchées avaient déjà assailli les strapontins. Debout, un groupe de sardines compressées, dont je faisais parti tant bien que mal. Une sculpture humaine à la façon César. Parmi eux, un père de famille essayait de protéger son bambin gigotant, du piétinement de cette foule, en le maintenant dans ses bras. Il tournait le dos à la porte de la rame. la vieille femme est entrée (donc) dans la rame bondée en criant des "poussez-vous ! mais poussez-vous donc". Les dames endimanchées l'ont regardé outrées avec des coups d'oeil en coin et des remarques acerbes chuchotées du coin des lèvres. La vieille dame continuait à crier sur tout le monde et devenait franchement insultante. Tout à coup, le papa, qui me faisait face, sursaute. Il venait de se prendre un coup de parapluie dans le dos par la vieille peau parce que ce dernier ne se poussait pas. Elle lui a crié dessus avec une véhémence incroyable, et en l'insultant de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables. Lui a fait comme si de rien n'était (je ne sais pas comment il a pu garder son calme) et n'a pas bronché une seule fois. Après avoir déversée toute sa bile, la vieille s'est attaqué (je crois que le terme n'est pas trop fort) à un passager qui était assis dans le carré. Mais là, le bruit de la rame a couvert ses hurlements.
Mais quand légiférera t-on sur l'obligation de la muselière pour les mamies (et les papys) acariâtres et violents?

10.8.07

Brève de métro # 2

Je l'ai vu entrer dans la rame, le ventre rond comme un ballon, bien mis en évidence par un pantalon rouge. Comme un gentil garçon que je suis, je me suis levé et je lui laissais ma place sur le strapontin. Elle m'a remercié avec un grand sourire.
En face d'elle, une vieille dame, la chevelure toute blanche, la peau du visage toute ridée. Elle avait un sourire tremblotant et constant et ses yeux bleus délavés, presque gris, semblaient fixer le vague à l'âme des autres voyageurs.
A Odéon, la vieille femme s'est levée, courbée et ratatinée sur elle même, pour quitter la rame me semblait-il. Mais, elle s'est approchée de la future maman et lui a pris les mains. Elle lui a dit d'une voix chevrotante qu'elle lui souhaitait beaucoup de joie et de bonheur à tous les trois. La jeune femme a souri timidement, visiblement mal à l'aise, et lui a bredouillé un rapide merci. La vieille femme est descendue à la station suivante.
La jeune femme m'a regardé et m'a dit qu'elle se demandait comment elle avait deviné qu'elle attendait des jumeaux. Ce que je prenais pour un babillage de vieille femme presque sénile était en fait comme une prédiction, un acte de voyance extralucide, une manifestation magique. La vieille femme prenait soudainement une autre image, celle d'une bonne fée, gentiment sorcière, la bonne marraine des princesses des contes de fée.
En même temps, je ne pouvais m'empêcher de penser que cette vieille femme si tranquille aurait très bien pu me jeter le mauvais oeil sans que je m'en rende compte. Oui, je sais ! Je viens de la Sarthe et je crois à ces histoires de bonnes femmes, ces croyances populaires, qui ont hanté mon enfance. Je me pensais à l’abri depuis mon arrivée à Paris. Depuis ce jour, je regarde attentivement le visage des vieilles dames qui semblent somnoler en dodelinant de la tête. Sait-on jamais...

10.7.07

Une histoire qui roule

Le métro parisien peut parfois être un vrai parcours du combattant pour l'usager. En effet, les dizaines de kilomètres de couloirs souvent bondés, les centaines de marches d'escaliers, les tapis roulants qui ne roulent pas, les escalators qui n'escaladent rien, les rames surpeuplées, sont autant d'éléments qui empêchent de tourner en rond toutes bonnes valises roulantes qui se respectent.
Prenez par exemple la ligne 4, celle qui dessert trois des plus grosses gares parisiennes. Elle est un véritable calvaire pour celui qui, comme moi, la prend pour aller rejoindre la gare Montparnasse avec une énorme valise à roulettes. Il y a quelques semaines, un vendredi matin, alors que nous devions prendre le train aussitôt la journée de travail achevée, je me suis aventuré sur cette ligne, accompagné de mon sac de voyage.
Le périple commence par le passage des tourniquets qui donnent accès aux stations. Le moyen le moins pratique qui soit pour celui qui trimballe une valise. On est alors obligé de soulever ce mastodonte de nylon, toujours bien trop lourd, par dessus le tourniquet; glisser le ticket dans la fente prévue à cet effet et passer en poussant cette petite porte en ferraille, le tout en étant le plus synchronisé possible afin d'éviter de se retrouver bloquer contre la porte ou encore en évitant de coincer la lanière du sac dans un des bras de ce tripode tournicotant et bien sûr (et surtout) pour éviter de bloquer un autre usager pressé de passer les limites autorisées.
Admettons que vous réussissiez sans trop de problème ce passage, vous n'êtes pas pour autant au bout de vos peines. Il y a toujours un escalier qui vous emmène plus bas que terre. Et une valise à roulettes, ça roule... très mal dans les escaliers. Et hop, on soulève ce poids lourd et mort pour descendre. Il y a un avantage qui de muscler mon biceps un peu flamby en ce moment. Mais ça a aussi l'effet de me faire transpirer et souffler comme un boeuf. Ca peut encore aller quand il n'y a qu'un seul escalier mais bien souvent il n'y en a pas qu'un seul. Et là, c'est le trempage de chemise assuré. Je déteste ça, mouiller ma chemise; ça me rend de mauvaise humeur.
Vous arrivez enfin sur le quai et là, horreur ! La rame qui vient juste d'arriver est bondée. Gloups ! Il va falloir compresser encore un peu plus ces sardines. Pourvu que je parvienne à me caser dans le petit coin au fond pour que je n'embête personne... Mais, forcement, on n'y arrive que rarement. Ca serait tellement moins drôle. Et vas y que je colle ma valise sur la belle robe noire de ma voisine. Et vas y qu'une roue plus très ronde accroche le bas d'une autre et lui file un coup fatal. Ne riez pas, ça m'est vraiment arrivé. Vous priez le ciel et tous les Hermès ou Mercure de passage pour que cette personne ne se rende compte de rien avant que vous ayez disparu de sa bulle d'air. Et puis bien sûr, vous essuyez les paroles aigries des autres voyageurs. Combien de fois, me suis-je pris dans la tronche les "il fait chier avec sa valise" ou les "ils peuvent pas prendre un taxi comme tout le monde". En règle général, je me tasse plus bas que ma valise, me faisant oublier du mieux que je peux. Mais il suffit que ma chemise soit trop mouillée et donc que je sois de très méchante humeur, je peux aussi répondre, peu fort aimablement. La dernière fois, alors qu’un usager se plaignait un peu trop lourdement de la place que prenait ma valise dans la voiture, je lui ai fait clairement savoir que je me trouvais dans la rame avant lui; que j'étais un usager des transports en commun au même titre que lui et que s'il n'était pas content qu'il pouvait aller voir ailleurs si je ne m'y trouvais pas. Je sais, c'est mesquin mais ça fait du bien. Un bien relatif puisque l'altercation a surtout réussi à me stresser encore plus et à augmenter le taux d'humidité de ma chemise.
Enfin Montparnasse. Tout le monde descend. Hélas, tout le monde descend. C’est un véritable bouchon de valises cette station. Toujours du monde. Toujours des tonnes de valises dans tous les sens. Les touristes qui s’arrêtent au beau milieu du quai pour consulter leur plan de métro ; qui cherchent le chemin ; ceux qui discutent une minute pour savoir ce qu’ils vont faire ; les gosses qui sont toujours là où ils ne faut pas ; les usagers qui vont travailler et qui n’en peuvent plus de devoir gravir des montagnes de bagages pour avancer. Et puis il y a moi, qui essaie tant bien que mal à slalomer entre tous ceux là, en évitant de marcher sur les uns, de rouler sur les autres. Dans ces moment là, une seule phrase : « pardon ! Excusez moi » et je fonce. Ca n’arrange pas l’état de l’éponge qui m’habille mais au moins ça permet de quitter cette cacophonie fourmilière le plus vite possible. De nouveau, deux kilomètres de couloirs étroits et encombrés. De nouveau, une dizaine d’escaliers pour monter, descendre, descendre, monter et encore si affinité. Quand enfin, parvient à mon oreille la voix féminine devenue si sexy et rassurante, annonçant les voies de départ, je suis lessivé, stressé comme jamais, une véritable serpillière sur pattes. Mais je suis fier ! J’ai vaincu. J’ai réussi à survivre au métro mangeur d’hommes à valises à roulettes. Il n’y a plus qu’à s’installer dans le train ; reprendre mon souffle ; attendre que la climatisation fasse ce qu’on attend d’elle et le week-end peut commencer.
Ca, c’est le meilleur des cas. Parce qu’il peut y avoir une fin alternative. Celle qui me fait arriver à la gare à 9h30 le matin de notre départ, à la recherche de la consigne de bagages (pour ne pas se trimballer cette affreuse boite à roulettes). Vous la trouvez enfin, ce qui n’est pas une mince affaire, je vous le garantie. Vous devez passer un cordon de sécurité encore plus impressionnant que pour entrer à l’ambassade des Etats-Unis, sans oublier de passer au détecteur le sac à dos qui est (comme son nom l’indique) sur votre dos mais que vous aviez oublié, tout obnubilé par le clebs à roulettes qui vous a pourri la vie. Vous tombez sur le cul quand vous découvrez le prix (outrageusement exorbitant) que vous allez devoir payer pour entreposer votre valise pour seulement dix heures. Vous vous arrachez les cheveux pour comprendre comment marchent ces boites en fer (tourner la molette à droite, mettre l’argent, tourner la molette à gauche…). Je vous assure, que vous avez beau essayer de garder tout votre calme et rester dans la positive attitude qui me caractérise (hum !), ben, tout ça cumulé, vous avez vraiment envie de pousser des hurlements hystériques. Surtout quand vous savez qu'il vous reste encore une demie heure de métro (sans la valise du coup) pour aller travailler. Vous êtes trempé comme une souche de marais ; vos bras qui n’en peuvent plus de s’être arrondis pour pas un rond ; vos jambes qui refusent de répondre correctement à vos ordres (vous savez, le genou qui se dérobe sous vous parfois) ; le visage aussi luisant que le ver dans un soir d’été. Le stress qui décide de vous abandonner soudainement et qui vous laisse dans un état proche de l’Ohio (deuxième route à droite après la sortie 25). Bref, ce n’est pas forcément une bonne journée qui commence ainsi. Mais, que ne ferais-je pas pour partir en week-end ?